« Femmes en peine »


Note d’intention d’écriture pour le film « Femmes en peine » :


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Il y a quelques années, j’ai décidé d’aller jouer «Les monologues du vagin » à la maison d’arrêt des femmes de Fresnes puis à celle de Fleury Mérogis.
Ces représentations devant les détenues ont laissé en moi un profond questionnement et bouleversement.
Ma rencontre avec Arnaud Sélignac, sa sensibilité et sa créativité ont transformé ces bouleversements et nous avons décidé d’écrire un film de fiction ensemble.


Écrire sur les femmes en détention, c’est imaginer l’inimaginable, une bavure, un emportement, une précarité et combien de femmes aujourd’hui y sont sujettes, une confiance aveugle en l’autre, souvent en un homme, la vie bascule et c’est l’enfermement.
C’est imaginer des jours et des jours de procès, la famille, les amis, les collègues, les voisins qui viennent à la barre, à charge ou à décharge, et les actes commis dits et répétés. Le long chemin jusqu’à la prison, avec sur les épaules l’horreur de la faute commise, et le trou noir. Plus personne. Plus rien. Plus d’identité, plus d’enfant, plus de parents, plus d’amis, plus de lien, plus rien à soi. De coupable on devient un numéro. Un corps déchu de tout droit. Un bout de viande derrière les barreaux. Dans 9 m2.
Dès lors comment vivre ? Et pourquoi vivre ?


Écrire sur ces femmes en détention, c’est imaginer que dorénavant dans une femme il y en a trois : celle d’avant, la femme de l’erreur, puis celle qui est en prison, la coupable, et enfin celle d’après, à l’avenir incertain et précaire.
Ces trois femmes ont-elles les mêmes corps ? Les mêmes visages ?
Privée de toute liberté, quel regard reste-t-il sur ce corps de femme à nourrir, entretenir, que plus rien ne relie à sa féminité, quelquefois il ne fonctionne même plus.
Ce corps, est-ce qu’on le regarde encore ? Est-ce que l’on peut se plaire ou plaire ? Et rire? Et s’occuper de ses enfants, même de loin? Et désirer ? Et si oui, que fait-on de ses désirs ? Peut-on oublier, parce que c’est si bon d’oublier.
Imaginons un groupe de treize femmes. Elles s’observent, cohabitent bien ou mal, elles ne sont pas plus de deux par cellule, elles s’écoutent ou ne s’écoutent plus, s’entraident, se disputent, essaient de se faire rêver, parce que rêver aussi c’est si bon. Elles se disent ce qui ne se dit pas parce qu’elles sont entre elles, entre femmes. Elles parlent d’amour, l’amour aussi mon Dieu, c’est si bon, mais quand le retrouvera-t-on ? Elles parlent de leurs manques, de sexe, de religion, de plaisirs et de désirs. Elles nous embarquent dans leur intimité, avec leurs forces, leur désarroi, leurs incohérences et leurs dissemblances. 

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Imaginons être à la place de cet œilleton à la porte des cellules qui s’ouvre jour et nuit à l’improviste, écoutons et regardons ces treize femmes prendre la parole et vivre en détention tous ces moments de liberté.
À les écouter, il me semble bien que ces femmes que nous avons imaginées nous ressemblent.
Écrire avec un homme, et de surcroit avec celui qui allait donner vie à cette histoire, sur ce sujet, me semble nous donner une chance de mieux comprendre ces femmes, et d’aller vers peut-être plus d'objectivité. 



Fabienne Périneau. 


• « Femmes en peine", teaser - 2018



 



© Fabienne Périneau 2020